L’Alaska subit les contrecoups des changements climatiques qui affligent déjà l’Arctique. (Photo: Joël Plouffe )
Les États-Unis, les changements climatiques, l’Arctique et… Montréal
La glace fond plus tôt qu’avant et ouvre la porte à l’exploitation de nouvelles ressources. Les enjeux politiques sont accentués par l’arrivée de nouveaux espaces de navigation qui émergent des glaces. Des populations sont déplacées… Bienvenue en Arctique, terrain de jeu des politologues, scientifiques, environnementalistes et chercheurs de ce monde.
Les 19 et 20 avril prochains, en pleine année polaire internationale, le Centre des sciences de Montréal (2, rue de la Commune) sera l’hôte d’un important colloque intitulé "Les États-Unis, les changements climatiques et l’Arctique: Regain d’intérêt américain dans une région en mutation." Un titre qui peut faire peur au premier abord, mais qui s’attardera à une problématique globale et inquiétante
«L’intérêt était d’associer les États-Unis, l’Arctique et les changements climatiques. On en parle plus depuis la Guerre Froide», explique Joël Plouffe, chercheur et coordonnateur de l’observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, qui orchestre l’événement depuis des mois.
Pour le jeune chercheur étudiant à l’UQÀM, ce colloque a beau rejoindre des experts des domaines de la politique internationale, de l’environnement ou de la géographie, le sujet et les interventions n’en sont pas moins intéressants pour le grand public.
«Ce qui se passe dans le nord est le reflet de ce qui va se passer dans le sud, les décisions qui sont prises à Ottawa, Washington et Moscou auront des impacts sur toute la planète. Aussi, c’est une responsabilité que de savoir ce qui s’y passe. Il faut de plus protéger les populations autochtones qui vont subir les décisions des pays et comprendre les conséquences que les changements climatiques ont sur l’environnement», explique-t-il.
Diddy R.M. Hitchins est professeure émérite en relations internationales à l’Université d’Alaska à Anchorage. Lors de sa présentation le 19 avril, la Britannique montrera comment son état d’adoption, l’Alaska, n’échappe pas aux effets de la fonte de la calotte glaciaire et comment les États-Unis tardent à reconnaître l’existence même des changements climatiques.
«Les gens et surtout les Inuits dans le nord de l’Alaska sont confrontés à la fonte des glaces, à l’érosion des côtes, et il y a même des mouvements de population. […] Je suis toutefois optimiste. Il y a des gens, au Congrès ou au Sénat, qui sont pour la protection de l’environnement en Alaska, un des seuls lieux restants où la nature est encore prédominante.» La professeure croit aussi qu’il y en a qui reconnaissent la valeur des êtres humains plus que celle des entreprises et des intérêts pétroliers, même si cela est bien récent.
Des impacts qui se font déjà ressentir
La calotte glaciaire fond depuis un bon moment et des conséquences se font sentir au nord de chez nous. «Il y a déjà des populations déplacées, des industries menacées, la géopolitique déjà fragile est encore plus fragilisée. Avec l’ouverture du passage du Nord-Ouest comme espace de navigation, cela éveille la convoitise internationale», explique Joël Plouffe.
Frédéric Lasserre, professeur au département de géographie de l’Université Laval a déjà été en bateau dans le passage qui relie l’Atlantique au Pacifique en passant par les îles arctiques du Grand Nord Canadien. Pour l’instant, il n’est navigable que l'été, car il est pris par les glaces en hiver. Toutefois, «la banquise se forme de plus en plus tard et la débâcle est plus tôt. Les ours polaires par exemple, ont besoin de la glace pour vivre, explique-t-il. En plus, le pergélisol est en train de fondre et il y a déjà un impact sur les populations Inuits qui voient leurs routes et leurs maisons abîmées.»
Autre conséquence non négligeable selon le professeur est le dégel éventuel des marécages et tourbières qui sont remplis de méthane. «Si ça dégèle, c’est un puissant créateur d’effet de serre», fait-il savoir.
M. Lasserre parlera d’ailleurs le 20 avril des impacts de la hausse de la navigation dans le passage du Nord-Ouest. «On en parle plus, mais pas suffisamment. Les gens mesurent mal l’impact des changements climatiques.».
«Le restant du monde a des démonstrations tout aussi significatives des changements climatiques. Pensons à l’ouragan Katrina. L’air froid va vers le sud et cause des instabilités climatiques dans le secteur», considère Diddy R.M. Hitchins.
Un problème qui n’est pas irréversible
Le colloque tel que celui qui aura lieu à Montréal les 19 et 20 avril n’est que la pointe de l’iceberg de la réflexion. «C’est sûr que c’est inquiétant parce que j’ai le nez collé dedans, raconte Joël Plouffe. […] Ce qui est inquiétant surtout est de ne pas accorder d’importance à cette nouvelle problématique.»
«Je crois qu’une des raisons pour laquelle l’administration américaine ne réagit pas encore est parce qu’ils ne réalisent pas que le réchauffement de la planète va avoir des impacts sur leurs enfants et leurs petits-enfants. Je crois fermement qu’il sont des êtres humains pleins de bonté qui ne pensent pas uniquement en termes économiques», explique la professeure de l’Université d’Alaska, se réjouissant du même coup que la question de l’environnement sera très certainement au cœur de la prochaine campagne électorale américaine.
Le colloque sera l’occasion bien entendu de démystifier le phénomène et d’offrir un espace de discussion à quelques-uns des grands noms de la politique, de la recherche, des relations internationales, mais aussi la création d’un rapport qui visera plus tard une publication. Qui plus est, «Montréal sera une des premières places où on parlera des États-Unis, de son rôle dans l’Arctique et des impacts qui en découleront», conclut Joël Plouffe, emballé à la perspective de réunir des gens de tous les horizons intellectuels et le grand public.
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