Les pucerons, grands responsables du miellat. - (Photo: Jacques Pharand)<[:AC:]$p
Recrudescence du miellat à Montréal
Le secret serait-il dans le savon?
Les pucerons comptent parmi les grands responsables du miellat, cette substance qui tel le miel, englue voitures, pavés, fenêtres, ensembles patio... Les champignons peuvent ajouter au problème en noircissant la feuille, ce qu'on appelle dans le jargon la fumagine. Abattre les arbres porteurs pour mettre fin au dégât est tentant, mais est à des années lumière de la bonne solution.
La cause n'est pas le tilleul qui pousse dans le fond du jardin, mais bien le petit puceron qui y a élu domicile. Cette année, éradiquer la petite bête par l'abattage reviendrait pratiquement à raser la forêt urbaine de la métropole.
Car, en plus du puceron du tilleul, une essence très répandue à Montréal, parce que particulièrement résistante à la pollution, d'autres espèces de pucerons peuvent s'attaquer aux érables de Norvège et argentés, ce qui est le cas cette année.
Le phénomène n'est pas nouveau, on le connaît depuis 20 ans. Mais cette fois, la petite bête aurait tout particulièrement bien résisté à l'hiver. «On pense qu'un hiver doux pourrait expliquer en partie ce phénomène, mais on ne peut le dire avec certitude», explique Anthony Daniel, agent de recherche à la Direction de l'environnement et au développement durable à la Ville de Montréal
À la savonnette!
Selon M. Daniel, le miellat figure parmi les irritants qui génèrent le plus de plaintes des citoyens à la grandeur de l'Île. La présence de cette substance peut vraiment pourrir la vie des gens aux prises avec le problème. C'est pourquoi lui et son équipe échafaudent des solutions écologiques, les pesticides étant de toute façon interdits à Montréal.
Un simple traitement à l'eau savonneuse pourrait faire l'affaire.
L'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, par exemple, a pris la balle au bond. Avec le savon, l'arrondissement tente d'éradiquer le psylle, ce petit insecte qui s'infiltre dans les maisons à l'automne et qui était l'objet de nombreuses plaintes.
Un camion est maintenant dédié spécifiquement à l'arrosage au savon des arbres porteurs. Un succès: cet arrondissement est passé à 150 plaintes annuellement à une dizaine, donne en exemple Anthony Daniel. Le stratagème qui vient à bout du psylle serait aussi efficace contre les pucerons, croit-il.
Et on pourrait améliorer davantage cette bonne performance.
«Présentement, on doit répéter l'arrosage jusqu'à trois fois pour venir à bout du problème. En aspergeant les arbres avant l'ouverture des feuilles, nous pourrions n'avoir à intervenir qu’une seule fois», une possibilité qui est actuellement à l'étude, ajoute le chercheur.
Le type de savon insecticide utilisé est sans danger pour l'environnement et est homologué par l'ARLA, soit l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire. Il est en vente libre.
«Chaque arrondissement doit poser le diagnostic pour les arbres sur le domaine public qui sont de leur responsabilité et remédier à la situation comme il l'entend et selon ses priorités», dit M. Daniel. Pour un arbre dans sa cour, on peut faire affaire avec une entreprise en aménagement paysager. Même si le produit est totalement inoffensif pour la santé humaine, son application nécessite quelques précautions.
D'autres pistes
Pourrait-on aussi mettre une gaine aux arbres? «Bien sûr, cette technique peut aider à abaisser les populations de pucerons en empêchant les fourmis qui les protègent de monter vers les feuilles. Cette technique a un certain impact sur un arbre de petite taille. Pour un arbre mature, c'est autre chose.»
«Mais cela est de toute façon rarement suffisant», indique le chercheur.
Et attention: L'utilisation de fertilisant à libération rapide ou un élagage trop sévère de l'arbre peut favoriser de grandes populations de pucerons, ajoute-t-il.
Que font les arrondissements?
Le Plateau compte 15 000 arbres sur le domaine public. Là, les pucerons ne représentent pas un problème important, comme ils s'attaquent principalement aux tilleuls, peu nombreux dans ce quartier.
Les interventions du service des parcs se font principalement sur les arbres jugés dangereux, sur la santé des arbres et sur l'entretien.
Comme l'infestation aux pucerons n'est pas considérée comme une maladie, l'arrondissement n'a pas développé de procédure systématique pour intervenir dans ce domaine. «Cela ne compromet pas la santé des arbres. Ce n'est pas une priorité.» La seule intervention enregistrée au cours des dernières années a consisté en l'élagage d'une branche d'arbre contaminée. On ne rapporte aucune intervention reliée à ce problème pour l'année en cours.
«C'est un problème avant tout esthétique», selon Michel Tanguay, chargé de communication à l'arrondissement. «Ce n'est pas une raison pour intervenir.»
Toutefois, l'arrondissement observe que le problème, qui touchait auparavant uniquement les tilleuls, commence à s'attaquer aux érables.
Dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, il faudra vraisemblablement agir. De nombreuses plaintes de résidants ont été enregistrées cette année, explique le chargé de communication Claude Raymond. Pour l'heure, l'arrondissement évalue toujours son plan d'intervention.
Outremont sous surveillance
Outremont compte 7000 arbres sur le domaine public. Le miellat n'affecte pas plus que par les années passées la forêt urbaine, composée à près de 70% d'érables de Norvège. L'arrondissement indique toutefois qu'un contremaître en horticulture surveille la situation, conscient de la recrudescence constatée dans certains quartiers montréalais.
Dans l'éventualité où le miellat prendrait des forces dans Outremont, l'arrosage des arbres comme le fait l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville serait préconisé. Toutefois, cette opération s'avérerait complexe et coûteuse à cause de la hauteur des arbres outremontais.
En collaboration avec Carole le Hirez, du journal Le Plateau et Olivier Arbour-Masse de l'Express d'Outremont