Le guitariste Michel Beauchamp a passé la majeure partie des dernières années à dépoussiérer l’œuvre du Francisco Tárrega. Vers la fin du XIXe siècle, la volonté de cet Espagnol était d’élever la guitare au rang d’instrument de concert. Aujourd’hui, par l’entremise d’un album et d’un livre de partitions, Michel Beauchamp rend à César ce qui lui appartient.
(Photo:Martin Alarie)
Michel Beauchamp: l’aventurier de l’œuvre perdue
Certains objets deviennent des trésors simplement parce qu’ils ont été perdus pendant une longue période. D’autres sont des trésors parce que leur véritable valeur a été oubliée. L’œuvre de Francisco Tárrega faisait partie de la deuxième catégorie jusqu'à ce que le guitariste classique Michel Beauchamp la redonne au public.
Ce résident d’Ahuntsic a fait ses études au Conservatoire de musique de Montréal. Il y a décroché un diplôme d’études supérieures en écriture (contrepoint, harmonie et fugue), en plus d’obtenir un premier prix en guitare. Ensuite, il a perfectionné son art au Canada et en Espagne, sous la direction de grands maîtres de la guitare, tels Manuel Barrueco, Alvaro Pierri et David Russell.
En 2004, la Chapelle historique du Bon-Pasteur l’a invité à présenter l’intégrale de l’œuvre de Francisco Tárrega. C’est à partir de ce moment qu’il entreprendra un travail de recherche colossal qui le mènera à nouveau en Espagne. «Tous les guitaristes ont déjà joué l’une de ses pièces. Recuerdos de la Alhambra est l’un des morceaux les plus repris de l’histoire. Alors quand j’ai reçu ce mandat, je pensais que ça allait être facile. Cependant, rendu là-bas, je fus stupéfait par mes découvertes. Je me demandais pourquoi personne n’avait fait ce travail avant», mentionne M. Beauchamp.
Quoiqu’il était déjà au courant de l’impact de Tárrega sur la musique, ses recherches lui ont permis de valider que le compositeur espagnol a été en grande partie responsable de la survie de la guitare comme instrument classique. Celle-ci était au bord de l'extinction au milieu du XIXe siècle à cause d'une foule de facteurs, dont la suprématie du piano. Tárrega lui a redonné ses lettres de noblesse grâce à la qualité de ses récitals et sa technique spectaculaire, mais aussi par son enseignement, ses arrangements et ses compositions.
La dernière croisade
Après près d’un an de recherches, le guitariste a finalement interprété son récital à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Toutefois, ce concert ne marqua pas le point final de sa relation avec l’œuvre de Tárrega. «J’ai vu que le centième anniversaire de son décès arrivait en 2009, puis j’ai décidé de me lancer dans une tâche que personne n’avait accomplie avant: enregistrer l'intégrale des œuvres de Francisco Tárrega et publier un seul document regroupant toutes ses compositions», indique M. Beauchamp.
Après plusieurs années de travail, ses efforts seront finalement récompensés car, le 19 mai, le CD-double Intégrale de guitare (1852 -1909) de Francisco Tárrega interprété par Michel Beauchamp sera disponible. «Graduellement, je suis reconnu comme un expert de Tárrega, alors j’espère être en mesure de présenter le fruit de mon travail partout à travers le monde.»
(Photo:Martin Alarie)