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Bangladesh : quelques heures encore

par Étienne Laberge

Article mis en ligne le 29 janvier 2008 à 13:38
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Bangladesh : quelques heures encore
Des milliers de personnes échanges des millions de takas chaque jour au new market de Dhaka. Les vêtements éclatants côtoient les nombreux mendiants.
Bangladesh : quelques heures encore
par Étienne Laberge
Déjà cinq semaines depuis notre départ de Dorval le 10 décembre. Ironiquement, cette date correspondait à la journée internationale des droits de l’homme. Sautant d’un fuseau horaire à un autre, le Boeing 777 avait défié le temps et l’avion avait touché terre au Zia International Airport le 12 décembre. Le jour de notre arrivée au Bangladesh, il n’était plus question des droits de l’homme. Les pauvres n’ont aucun droit, nous allions le découvrir.
À mesure que le taxi tente de s’arracher au bouchon de circulation de Dhaka pour nous déposer à l’aéroport, des tas d’images tourbillonnent dans mon esprit. Entre deux bouffées de CO2, je me rappelle la raison de notre présence au Bangladesh. Nous devions nous intéresser aux réfugiés du climat. Ce groupe de gens dépossédés dont l’impératif n’est autre que de quitter la terre qui les a vu grandir. Ils doivent s’installer ailleurs. Mais cet « ailleurs » ne leur apportera pas la satisfaction attendue. En fait, ces lieux connus, souvent nommés slums, sorte de ghettos dans les cités, ne leur offriront que prostitution, famine, violence, bref, le désespoir.
Oui et non<@Ri>
Le choc des cultures a été brutal. Je repense à ce mendiant au New Market que j’ai vu aujourd’hui. Il n’avait plus ses yeux. Dans le creux de ses arcades sourcilières, que de la peau lisse. Pas de globe. Je lui ai tendu dosh takas, dix takas, soit environ 6 cents canadiens. Une somme qui lui permettra ici de manger tout un repas. D’où venait-il? Était-il un de ces réfugiés que nous recherchions? Je ne saurai jamais s’il provenait d’une de ces innombrables routes menant aux champs de riz. Il peut très bien être né de cette manière ou avoir été victime d’un accident. Il y a des tonnes de raisons.
Mais ce geste de donner dosh takas à cet homme, car s’en était un, me fait croire que le pays en entier lui ressemble. Incapable de se sortir de la précarité, le Bangladesh quête de par le monde auprès des ambassadeurs des pays riches, dont mon pays fait partie. Combien de fois durant notre périple avons-nous été reçus avec les honneurs de diplomates. Toujours ce commentaire : « Ah Canada! Beautifull country Canada, very beautiful ». Plus de neuf fois sur dix, nous doutions pourtant que la personne n’ait jamais vu, même dans un livre, une image du pays à la feuille d’érable.

Un réfugié du climat, ce type? Et bien, nous ne le savons pas. Sur la route du Zia Airport, nous ne cherchons plus d’éminents spécialistes à interroger sur cette question : le travail est accompli. Et j’en conclus que oui et non, il existe des réfugiés du climat au pays du Bengale. Le fait est qu’il existe des tonnes de raisons de déménager vers la ville.
Pourquoi oui, pourquoi non
D’abord, il existe bel et bien un type de gens précis au Bangladesh qui soit affecté par le réchauffement climatique. Ce sont des pêcheurs qui vivent sur des îles au sud de la forêt des Sunderbans. Ces îles s’érodent avec la montée des eaux et les scientifiques croient que certaines d’entre elles disparaîtront bientôt. Pour le reste, le problème se complique.
Il se complique parce qu’en 2007 il y a eu d’importantes inondations dans les régions de Srimangal, de Sarajganj ou de Manirampur. À l’opposé, au nord de Dhaka, on retrouve des gens luttant contre des sécheresses, nouvelles venues au pays. En troisième lieu au banc des accusés, la montée de la salinisation à l’intérieur des terres. En quatrième place, finalement, les victimes de l’ouragan Sidr du 15 novembre dernier. Tous ces phénomènes naturels posent d’importants problèmes sociaux, dont la démobilisation rurale.

La faute au réchauffement du climat tous ces problèmes? Pas sûr. « On peut en débattre », comme nous avait répondu Mamunur Rashid, de l’UNDP, à propos du lien entre Sidr et le réchauffement climatique. Oui, le réchauffement climatique accentue certains des phénomènes mentionnés ci-haut, mais de là à dire que sans lui tous pourraient poursuivre une petite vie bien tranquille… non. Il y a des tonnes de raisons pour déménager : économiques, politiques, sociales.
Ça continue!
C’est sur cette note que se termine notre correspondance en direct du Bangladesh. Ne manquez pas dans les prochaines semaines les mises à jour du blogue Bangladesh : Menace H2O où vous retrouverez des réponses approfondies aux questions que soulèvent nos conclusions. Cette bourse de l’Agence canadienne pour le développement international nous aura permis une aventure journalistique fabuleuse au sein d’une problématique plus complexe qu’elle n’y paraissait.

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