La députée bloquiste d'Ahuntsic, Maria Mourani, accompagnée de Mme Sophie Gouin, l'une des deux initiatrices de la pétition.
(photo: maya d'Alariephoto)
Maria Mourani déposera la pétition mercredi
Mesures plus sévères avec les délinquants dangereux
La députée bloquiste du comté fédéral d'Ahuntsic, Maria Mourani, déposera à la Chambre des communes, mercredi prochain, la pétition de quelque 5 000 signataires demandant au gouvernement fédéral d'adopter des mesures plus sévères avec les délinquants dangereux. Celle-ci, rappelons-le, est l'initiative de deux résidantes du quartier Ahuntsic, Sophie Gouin et Marie-Josée Vigneault, qui réagissaient à la libération du pédophile récidiviste Clermont Bégin en avril dernier.
On se rappellera que ce dernier avait élu domicile dans une maison de transition du quartier pendant plusieurs mois, et que cette situation avait provoqué un tollé de protestation et beaucoup d'inquiétude chez les résidants du secteur. Une autre pétition avait été mise en branle par deux autres citoyennes du quartier, celle-là demandant au gouvernement provincial de reprendre en charge l'individu.
Dans le cas de la pétition de Mmes Gouin et Vigneault, la pétition était logée sur le site internet de l'Association des familles assassinées ou disparues (AFPAD),
www.afpad.ca, association fondée par M. Pierre-Hugues Boivenu, père de Julie, assassinée en 2002 par un récidiviste en probation pour crimes sexuels. C'est ce qui explique pourquoi les signataires proviennent de tout le Québec et du Canada. Le but principal de la pétition est de souligner l’urgence d’apporter des modifications au Code criminel et à la Charte canadienne des droits et libertés pour contrôler les agresseurs sexuels et les pédophiles jugés dangereux au terme de leur sentence pour qu’ils ne menacent pas la population.
Tous les «Bégin» du Québec
«Il faut se référer au fait que les personnes sentencées avant 1996, comme Clermont Bégin, la loi ne peut être rétroactive», rappelle Mme Mourani. La loi permet de désigner un délinquant comme étant dangereux ou à contrôler, donc, il retourne «en dedans» tant qu'il est considéré dangereux ou il est à contrôler pendant dix ans, précise la députée. «M. Bégin est un homme dangereux. Il a échappé à la loi de '96. J'ai travaillé au centre régional de santé mentale et à Pinel et je peux vous dire qu'il y en a des gens comme M. Bégin», ajoute celle qui a une formation de criminologue.
Intarissable sur le sujet, Mme Mourani dit que M. Bégin a eu très peur, lorsqu'il était en maison de transition dans le quartier (avec des conditions très spécifiques). La protestation des citoyens y était pour quelque chose? «Depuis avril dernier, il faut se demander qu'est-ce qui va se passer avec M. Bégin après un an, donc en avril prochain. Et que se passera-t-il avec tous les «Bégin» du Québec? Avec tous les sentencés d'avant '96?», soutient celle qui a aussi travaillé sept ans aux libérations conditionnelles.
Elle est d'avis qu'un débat doit être fait sur la possibilité d'effectuer des modifications sur le 810, qui se donne à la fin d'une sentence, et qui comprend des mesures exceptionnelles, pour que celui-ci soit renouvelable sur plusieurs années. Elle est aussi en accord avec la tenue d'une commission parlementaire sur la possibilité de tenir un registre des agresseurs sexuels, faisant référence à la pétition de 65 000 signataires déposée à l'Assemblée nationale. «Le ministre Dupuis a rejeté cette idée du revers de la main. Pourquoi ne parlerions-nous pas à des experts? Vérifions ailleurs ce qui se fait! Au Manitoba et en Alberta, il y a des registres», lance-t-elle. «On peut se poser des questions: par exemple, les bracelets électroniques, on le fait pour des présumés terroristes qui n'ont été reconnus coupables de rien. Alors pourquoi ne le ferions-nous pas pour des pédophiles jugés et reconnus dangereux?», questionne-t-elle.
Par ailleurs, Mme Mourani estime qu'il y a une zone grise dans la loi concernant la pornographie juvénile au Canada. «Il y a des sites légaux, au Canada, où l'on voit des enfants en petite culotte, par exemple, en positions suggestives, et ce n'est pas interdit parce que les enfants ne sont pas nus!», dénonce-t-elle.
Quant à la peine minimale, la députée relate qu'elle n'existe pas au fédéral. «Je suis en accord avec l'individualisation de la peine, mais pas pour les pédophiles. Je crois qu'il faudrait une peine minimale de trois ans, afin de donner le temps d'offrir et de donner un traitement», explique-t-elle.
Fardeau de la preuve
Le gouvernement conservateur étant en plein débat sur la lutte à la criminalité, Mme Mourani estime que le dépôt de la pétition arrive à point. «Cela va au-delà des gangs de rue, du crime organisé, de la prostitution, des armes à feu.»
Et dans la foulée des projets de loi du gouvernement Harper, la députée bloquiste dit qu'elle votera pour projet de loi C-27, du renversement de la preuve, « le seul projet de loi avec lequel, je suis d'accord.» Ce projet stipule qu'après une troisième récidive dans un crime, un agresseur, par l'entremise de son avocat, doit prouver qu'il n'est pas coupable, au lieu d'être présumé innocent au départ.
(photo: maya d'Alariephoto)