Patrick Tremblay, directeur du magasin MEC du Marché central, espère sensibiliser les membres de la coop à l'importance du recyclage des vêtements.
(Photo:Jacques Pharand)
Les vieux polars pour aider l'environnement
La coopérative de plein air Mountain Equipment Co-op lance dans tous ses points de vente un programme avant-gardiste de recyclage de vêtements. Une pratique d'affaires durable encore peu répandue dans le monde du commerce de détail. Le magasin de Montréal, situé au Marché central, a embarqué avec enthousiasme dans l'opération.
Depuis quelques semaines, un cylindre de plastique transparent trône à l'entrée du magasin MEC du Marché central. Les clients sont invités à y déposer leurs vêtements usagés. Seule exigence : ils doivent contenir au moins 90 % de polyester… et être propres!
«C'est un nouveau défi auquel nous nous attaquons. Depuis des années, nous nous sommes attachés à inscrire des pratiques de développement durable dans nos manières de faire. Cette fois, nous nous tournons vers nos membres en leur demandant de faire un geste. On va voir jusqu'à quel point ils sont réceptifs», indique Patrick Tremblay, directeur du point de vente du Marché central.
Tous les articles recueillis en magasin sont triés. Ceux qui peuvent encore servir seront remis à des organismes de charité, comme le Bon Dieu dans la rue, avec laquelle la coopérative a déjà des liens. Les vêtements non réutilisables sont accumulés au magasin, et, une fois un volume suffisant atteint, envoyés au centre de distribution de Vancouver.
Effet boule de neige
Toute la matière récoltée à travers les 11 magasins MEC au Canada sera par la suite acheminée au Japon, où elle sera recyclée par la firme Teijin, spécialisée dans la revalorisation de ces tissus. Les vêtements seront broyés, transformés en granules, puis soumis à un procédé chimique afin d'en extraire les teintures et autres substances pour en faire du polyester brut puis enfin des fibres recyclées. Ces nouvelles fibres entreront ensuite dans la fabrication de vêtements neufs.
Le choix de la réutilisation s'impose, pour la compagnie, qui a choisi de donner une place de plus en plus grande aux vêtements à base de fibres recyclées sur ses étalages. Ainsi, la collection de polar maison, fabriquée jusqu'à présent exclusivement de matières synthétiques, sera dès l'automne prochain composée à 80 % de fibres récupérées. La part du polyester recyclé augmentera également dans les manteaux.
«On espère créer un effet boule de neige auprès du consommateur en le sensibilisant aux matières recyclées», souligne le directeur. L'enjeu est de taille. MEC compte 2,3 millions de membres au Canada et à travers le monde. Au Québec, ils sont plus de 245 000 à avoir versé leur 5$ d'adhésion à la coopérative créée en 1971 par quatre passionnés de plein air à Vancouver.
Des chandails qui voyagent
Malgré le long voyage suivi par les vêtements récupérés, qui utilise différents modes de transport dégageant des gaz à effet de serre, l'entreprise a jugé que l'initiative en valait la peine. «Quand on fait une analyse globale, on constate que c'est la meilleure chose à faire. Le transport vers l'Asie se fera en bateau, un moyen moins polluant, avec des volumes importants», explique Patrick Tremblay. L'entreprise estime que la production de polyester à partir de matériaux recyclés nécessitera 76% moins d’énergie et réduira l’émission gaz à effet de serre de 71%.
L'entreprise a développé de nombreuses pratiques environnementales au fil des ans. Le magasin du Marché central, construit de manière écologique, utilise 65 % d'énergie de moins qu'une construction traditionnelle de même taille. En Alberta, des éoliennes alimentent les magasins, ce qui contribue à diminuer de façon drastique la production de GES. La compagnie favorise également l'accès à ses magasins par les transports en commun, l'utilisation de coton biologique ainsi que le recours à des produits sans PVC.
(Photo:Jacques Pharand)