«Les gens considèrent encore leur santé comme une simple absence de maladie et non comme un état global de bien-être», remarque Winston Chan.
(Photo: Jacques Pharand)
Un Patch Adams dans son milieu
Né de parents immigrés dans un quartier défavorisé de Montréal, victime de racisme à l'école, Winston Chan aurait pu mal tourner. À force de travail, mais aussi grâce à une ouverture à son prochain hors du commun, le jeune chiropraticien qui a sa place d'affaires, rue Fleury, s'est tracé une feuille de route impressionnante.
Issu d'une mère philippine immigrée aux États-Unis et d'un père chinois, Winston Chan a grandi dans le quartier défavorisé et multiethnique de Côte-des-Neiges, baignant dans un bouillon culturel marqué à la fois par les valeurs occidentales de sa mère et les principes orientaux traditionnels de son père.
Un cocktail explosif qui aurait pu détourner le jeune professionnel vers des chemins plus accidentés. Winston Chan raconte s'en être sorti en se tournant vers les autres, en étudiant fort et en prenant le meilleur des enseignements de ses deux parents.
Au début du mois, il était nommé membre de la semaine par la Jeune chambre de commerce de Montréal. « Nous voulons ainsi faire connaître nos membres qui se distinguent par leur cheminement et leur profil. C'est tout à fait le cas de Winston qui, de plus, s'implique activement au sein de la chambre», signale Marie-Ève Gagnon, chargée de communication à la JCCM.
Un Chinois à Trois-Rivières
Les premières expériences d'engagement social du jeune homme débutent à l'école secondaire, où il fait ses premiers pas comme bénévole auprès d'un organisme pour l'intégration immigrante. Au CLSC Côte-des-Neiges, il donne aussi un coup de main lors des fêtes de Noël pour les aînés.
Ses bonnes notes à l'école et son engagement social lui valent de décrocher une bourse d’excellence au collège Jean-de-Brébeuf, où il a terminé un baccalauréat international. C'est au cours d'un exposé d'un chiropraticien venu présenter son travail qu'il découvre cette profession. «Je me suis reconnu dans beaucoup d'aspects. La chiropractie demande une formation rigoureuse tout en prônant des solutions naturelles. On travaille avec les capacités du corps humain avant d'aller vers le médical et le chimique.»
Sans surprise, il parvient à se glisser parmi les 45 étudiants qui, la profession étant contingentée, sont acceptés chaque année à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le seul endroit au Québec où se donne cette formation. «C'était la première fois que je sortais de Montréal. J'ai découvert une région fort différente, plus homogène», se souvient-il.
Il se retrouve le seul membre des communautés culturelles dans son milieu. «Mon appartement, c'était le quartier chinois», blague-t-il. Il apprend à apprécier la vie en région et à découvrir d'autres réalités. «Cela m'a permis de mieux comprendre le point de vue des gens sur beaucoup de choses», indique-t-il.
Dans les pas du médecin-clown
Comme il ne fait jamais les choses à moitié, il se lance à fond dans ce domaine qui le passionne. Sa contribution à la vie étudiante, durant ses cinq ans d’études doctorales en chiropratique, lui a valu quatre bourses d’implication consécutives de la Fondation de l’UQTR et le titre de personnalité masculine de l’année 2004-2005 décerné par son association étudiante.
Son université lui a également décerné un Prix de la vie étudiante pour la réalisation et l’organisation du Congrès mondial des étudiants en chiropratique, pour lequel il réussit le tour de force d'avoir pour conférencier vedette le célèbre médecin-clown Patch Adams. Pendant une année, il a travaillé d'arrache-pied pour réunir les fonds afin de faire venir son illustre invité. «C'est lui qui m'a inspiré pour entrer dans le monde de la santé, car il a fait ressortir l'aspect déshumanisant de la médecine», indique Winston Chan. Ce projet d’envergure fut finaliste, dans la catégorie Santé, au Gala universitaire Forces Avenir 2004.
Toujours dans la perspective d'une approche communautaire de la santé, il participe à plusieurs missions humanitaires au Bénin, en Bolivie et en Inde. «Dans ces pays, les gens sont très ouverts à notre médecine. Plus qu'ici», souligne celui que l’Association des universités et des collèges du Canada a élu Citoyen du Monde.
Car dans sa pratique quotidienne, les principaux adversaires de Winston sont encore les nombreux préjugés qui affectent les chiropraticiens, souvent comparés à des charlatans ou accusés de pratiquer une médecine dangereuse. Pour lui, la philosophie chiropratique est au contraire la voie souveraine qui peut permettre à l'être humain de ne plus jamais être en mode de survie, mais d'être constamment en mode d'aide à son prochain, donc toujours heureux.
(Photo: Jacques Pharand)