Les étudiants des collèges de Rosemont et Ahuntsic ont passé une vingtaine d'heures avec les comédiens Didier Lussier et Daniel Malenfant qui leur ont montré les trucs pour une bonne impro. Les étudiants s'affronteront lors de huit joutes amicales, en mars et avril. (Photo: Éric Carrière)
Rire de toutes les couleurs
La LNI devient un laboratoire contre l'intolérance raciale
Thèmes: relations interculturelles et racisme. Durée: 8 rencontres. Nombre de joueurs: 23. La Ligue nationale d'improvisation, la LNI, propose une thérapie multiculturelle par le rire aux étudiants des collèges de Rosemont et Ahuntsic.
Tout y sera: l'arbitre, la patinoire sans oublier les célèbres claques. L'AMI, l'Association multiculturelle de l'impro, nom qu'on a donné au projet-pilote, marche directement sur les traces qui ont fait le succès de sa grande sœur.
L'espace de huit matchs, les étudiants des deux établissements collégiaux s'affronteront sur la célèbre patinoire de l'improvisation.
Plus qu'un jeu, l'exercice a des allures de laboratoire. Par le rire, on fait un joli pied de nez aux remous récemment causés par les accommodements raisonnables. L'idée risque d'être contagieuse et attirer, par la suite, de nouveaux joueurs dans les collèges du Québec et pourquoi pas, dans les écoles secondaires, espère Yvon Leduc, directeur général de la LNI.
Le 21 mars, Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, les deux équipes ont, sur la scène du Lion d'or, donné aux médias un avant-goût de leur savoir-faire. On a joyeusement écorché les particularités de tout un chacun, sans discrimination: du code de conduite de la municipalité d'Hérouxville en passant par les revendications territoriales des autochtones. Il ne serait pas étonnant qu'on provoque des éclats de rire en parlant de partition, de kirpan, de burka, de lieu de prière comme de vitres givrées...
«C'est une idée brillante, juge Normand Brathwaite, porte-parole de l'AMI. Comme résidant de Rosemont, je suis fasciné de voir la multiethnicité qu'on y retrouve de plus en plus.»
À l'étranger, M. Brathwaite a vu et parfois été victime de «la laideur de l'intolérance». «Le Québec est plus tolérant, expose-t-il. Il faut continuer et éviter les conneries par des initiatives positives comme celle-là.»
Aménagements raisonnables
Ce n'est pas d'hier que l'on parle, non pas d'accommodements, mais bien d'aménagements raisonnables au collège de Rosemont. On jongle depuis longtemps avec les concepts de médiation interculturelle comme d'intervention interculturelle.
L'établissement compte parmi les plus multiethniques de la métropole. Devant la croissance constante de la clientèle ethnique, en 2001, la direction embauchait l'intervenant social Habib El-Hage. On a voulu, à l'époque, créer un lieu où on pourrait entendre les demandes particulières, et le cas échéant, gérer d'éventuels conflits ethniques.
Un concept unique au Québec qui s'est valu, en 2005, le prix Maurice Pollack, distinction québécoise de la citoyenneté.
De ce microcosme multiethnique, on a regardé, médusé, déferler la vague sur les accommodements raisonnables. «Au Collège, nous avons été surpris de voir tout ce débat, rigole Habib El-Hage. C'est tout le contraire ici.»
Au cours des années, il a raffiné ses méthodes. «Je fais régulièrement des focus groupe afin de prendre le pouls de la vie multiethnique au Collège, voir comment on peut aider. La moitié de nos étudiants est issue des communautés culturelles pour 80 pays différents représentés. Nous leur offrons de l'encadrement – de l'aide psychologique, par exemple. Dans mon mandat, je dois aussi former le personnel, les informer, par exemple, sur les différentes réalités culturelles.»
Des mesures qui, au bout du compte, font que les conflits raciaux sont quasiment inexistants, précise-t-il. Pour les demandes particulières – un local de prière, le port du voile – on y va au cas par cas.
Les mots clés pour une bonne cohabitation? «La communication, le dialogue et l'éducation sur les réalités de tous.» On ne sent sort pas, le manque de compréhension de l'autre est souvent à la source des problèmes, résume l'intervenant.
Autre collège, même réalité
La réalité multiethnique touche aussi le collège Ahuntsic. «Nous comptons 10 000 étudiants originaires de 58 pays différents. Si on ajoute le personnel, on atteint 112 pays!», expose Roch Tremblay, directeur général du collège Ahuntsic. La formule de LNI est une belle façon d'initier les discussions, alimenter la réflexion et favoriser l'intégration de tous, estime-t-il.