Geneviève Morin-Dupont, qui incarne Marguerite, a déjà une longue carrière d'actrice derrière elle puisqu'elle a interprété son premier rôle en 1994.
(photo: Courtoisie)
Le temps des Marguerites...
Une réflexion sur l'âge et la beauté
À l'occasion de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle, les Productions des pieds des mains proposent une version revisitée et allongée de sa création déjà présentée l'année dernière à l'Espace Tangente. Ce spectacle de danse-théâtre met en scène trois interprètes ayant une déficience intellectuelle qui jouent avec des acteurs professionnels. Il porte un regard sur l’âge, la beauté et le désir de rester jeune.
Pour la première fois de sa carrière, une cantatrice se voit refuser un rôle. L’écart entre son âge et celui du personnage de Marguerite dans Faust de Gounod en est la cause. Sur scène, se mêlent extraits d’opéra et états d’âme d’une femme hantée par le même désir que le vieux Faust, être jeune et le demeurer.
Dans Le temps des Marguerites... à la folie ou pas du tout!, un spectacle mis en scène par Menka Nagrani et Richard Gaulin, le rôle de Marguerite est interprété par Geneviève Morin-Dupont. La jeune femme de 25 ans est atteinte de trisomie 21.
Une profondeur supplémentaire
L'actrice a fait ses premières armes de comédienne en 1994 dans le film Un billet de loterie, une coproduction franco-québécoise. Depuis quelques années, elle fréquente le centre d'art Les Muses, un centre de formation aux arts de la scène spécialement destiné aux personnes qui présentent une déficience intellectuelle. Geneviève s'oriente vers une carrière professionnelle dans le domaine du spectacle. Elle a déjà participé à plusieurs tournages. On l'a vue notamment dernièrement dans Le Négociateur ainsi que dans Annie et ses hommes.
Deux autres acteurs membres de l'Association de Montréal pour la déficience intellectuelle (AMDI), qui a pignon sur rue dans le quartier Ahuntsic, jouent dans le spectacle: Jean-François Hupé incarne Siébel, le rival de Faust, et Michael Nimbley campe un Faust très convaincant.
«Ces acteurs apportent une profondeur supplémentaire au spectacle, de par leur jeu qui est intense et juste. Le handicap est aussi une source de créativité pour la mise en scène, qui doit s'adapter au processus d'apprentissage des comédiens, plus long par définition», indique la chorégraphe Menka Nagrani.
Enfant et adulte à la fois
«Le handicap sert aussi le propos du spectacle. On traite de la perception de soi, du vieillissement et de la beauté. Or, le déficient intellectuel n'a pas d'âge. Il est un peu enfant et adulte à la fois», note Mme Nagrani. Le face à face des deux interprètes féminines sur scène, l'une atteinte d'une déficience intellectuelle, l'autre pas, donne lieu à une confrontation des plus intéressantes, ajoute la chorégraphe. «On aurait tort de croire que l’apparence pour une personne vivant avec un handicap intellectuel ne compte pas. Les critères esthétiques sont les mêmes.»
Les productions des pieds des mains, compagnie de création scénique fondée en 2004 par Menka Nagrani, a choisi d'intégrer des personnes marginalisées à ses activités artistiques. Elle rassemble ainsi divers artistes qui cherchent à insuffler un questionnement artistique et social aux spectacles auxquels ils participent.
La compagnie propose une version adaptée et modernisée, tantôt chantée, tantôt jouée et le plus souvent dansée du célèbre opéra Faust de Charles Gounod. En supprimant la contrainte de la performance vocale exigée des chanteurs à l’opéra, les comédiens développent davantage le mouvement qui devient ainsi le fondement de l’interprétation de cette musique romantique. Ce passage de la voix au corps permet de prendre ses distances par rapport à l’opéra traditionnel. Le spectacle se moque d'ailleurs gentiment du caractère très dramatique et de l'emphase maniérée de l'œuvre originale. Le spectacle se déroule à la fois en français et en anglais avec surtitres à l’appui, comme à l’opéra.
Le spectacle sera présenté les 15,16 et 17 mars à 20h30 et le 18 mars à 16h à Tangente au 840, rue Cherrier (métro Sherbrooke). Billetterie : 514 525-1500.
Faust
Qui ne connaît l’opéra Faust, ne serait-ce qu’à cause de la Castafiore dans Tintin qui chante « Ah! Je ris de me voir si belle en ce miroir »? Composé en 1869 par Charles Gounod et inspiré de l’œuvre de Goethe, les thèmes n’en demeurent pas moins actuels. Faust, un vieux docteur blasé, vend son âme au diable en échange de la jeunesse afin de pouvoir courtiser la jeune et belle Marguerite.
(photo: Courtoisie)