Un prof pour toute l'année, c'est possible? «On a réussi, avec les employés de soutien et ceux des services de garde, à faire en sorte que les changements de personnel se décident avant le début de l’année scolaire et non pendant. C’est ce qu’on vise maintenant avec les enseignants», explique André Gravel. (Photo: Régent Gosselin)
Le même prof pour toute l’année: logique, sauf que…
Louise Potvin
«Le bon prof dans la bonne classe, pour toute l’année.» C'est en ces termes que la CSDM lance un appel à la solidarité à ses 8 000 enseignants. Mais pour arriver à ce qu’un élève ne voit pas défiler un chapelet de professeurs pendant l’année scolaire, on risque de toucher à une corde sensible chez ses syndiqués: les règles qui régissent l’ancienneté.
La semaine dernière, la commission scolaire de Montréal a entamé ses pourparlers avec l’Alliance des professeurs de Montréal, étape inscrite dans la seconde phase du Plan stratégique de la CSDM.
Elle a convié la presse à prendre connaissance des enjeux des négociations locales, sans la présence du regroupement syndical. La commission scolaire a mis la table, le syndicat des professeurs a reçu ses demandes en décembre. La balle est maintenant dans le camp de l’Alliance.
Fin du jeu de chaises
La CSDM veut mettre fin au jeu de chaises des professeurs qui se produit tout au long de l’année scolaire. Ce point est sans conteste le nerf de la guerre des présentes négociations. La situation irrite les parents, nombreux a avoir signifié leur mécontentement par le biais d’une pétition. Ces derniers craignent que ce manque de stabilité du personnel ne compromette la réussite scolaire des enfants.
«Pourquoi attendre en septembre ou en octobre, parfois jusqu’en janvier pour attribuer un poste? Ce qu’on veut négocier, c’est que les postes soient attribués en mai et juin, avant que l’enfant ne commence l’année», expose le commissaire du quartier scolaire Bordeaux-Ahuntsic, André Gravel.
Cette valse n’est pas plus rigolote pour les enseignants et les directions d’école, allègue Diane De Courcy, présidente de la CSDM et commissaire du quartier scolaire d'Ahuntsic. Mais, bien qu’il soit logique qu’on veuille éviter le plus possible cette situation déstabilisante pour tous, ce ne sera pas une mince affaire de trouver une solution.
La clé du problème passera vraisemblablement par la révision des règles qui régissent l'ancienneté. La situation qui prévaut actuellement fait en sorte qu’un professeur, grâce au nombre d’années d’expérience accumulées, peut prendre un poste qui se libère. Il laisse sa place, qu’un collègue pourra à son tour choisir d’occuper. C'est un véritable jeu de dominos qu'on appelle dans le jargon, le mécanisme de supplantation.
Diane De Courcy lance clairement un appel à la solidarité. «Parce que les enfants sont devant vous, pour un an, deux ans, trois ans, restez à la même place!»
Toujours par souci de stabilité, la CSDM souhaite améliorer les mécanismes de suppléance. Par exemple, dans le cas d'un remplacement qui se prolongerait, «pourquoi ne peut-on pas, dans nos mécanismes, garder la même personne?», ce qui n'est pas le cas actuellement et entraîne aussi une réaction en chaîne, expose Mme De Courcy.
Bingo!
Par une meilleure gestion du personnel dès le rentrée des classes, la CSDM croit qu'on pourrait aussi mettre fin aux «bingos», une sorte d'encan où sont attribués les postes, une fois que tous les enfants sont bien assis sur leur chaise.
Sur ce point, la CSDM fait son mea-culpa. Dans l’espoir de prendre un bon départ, dès l’an prochain, on promet de développer des outils afin de connaître avec plus de précision, la clientèle étudiante dans chaque établissement. «On peut y arriver relativement facilement», croit André Gravel. En ce sens, on invite les parents à faire savoir à leur établissement scolaire, le plus tôt possible, s’ils déménagent.
Cette meilleure gestion de la clientèle passerait aussi par un système informatique plus performant. «On a notre bout de chemin à faire», dit Micheline Pothier, directrice générale de la CSDM, «on va être capable de livrer», certifie-t-elle.
Lutte au décrochage… des profs
La CSDM souhaite venir en aide à ses jeunes enseignants, nombreux à délaisser la profession dans les premières années suivant la fin de leur formation académique. On propose de leur offrir de la formation supplémentaire et de mettre en place un système de mentorat avec un professeur plus expérimenté qui les prendrait sous son aile.
Aussi, on propose que les classes difficiles soient attribuées à des enseignants plus expérimentés.
Le Plan stratégique mis en place il y a trois ans, a, jusqu’à maintenant, permis à la Commission scolaire de redresser sa situation financière.