Yvan Bordeleau a expliqué les raisons qui l'incitent à quitter la politique. (Photo: Martin Alarie)
Yvan Bordeleau commente son départ après 18 ans de vie politique
Le député de l'Acadie souhaite qu'on valorise les politiciens
Les prochaines élections provinciales, qui devraient avoir lieu cette année, correspondront au départ du député de l'Acadie, Yvan Bordeleau, qui ne sollicitera pas un cinquième mandat. «J'aurai 65 ans le mois prochain et l'âge devenait un facteur à considérer avant de continuer», a-t-il confié au cours d'une entrevue à son bureau de circonscription, mardi dernier.
«Puisqu'un mandat peut durer cinq ans, j'ai décidé de passer à autre chose, car les exigences reliées au rôle de député pourraient devenir lourdes à assumer à 70 ans, comme les déplacements fréquents et prolongés, les fonctions parlementaires, ainsi que les activités pour le comté et le parti», a expliqué en toute franchise M. Bordeleau, qui a pris sa décision durant le temps des Fêtes, entouré de sa famille.
L'ancien enseignant, qui a aussi dirigé le département de psychologie de l'Université de Montréal, tirera donc sa révérence après 18 ans de vie politique, afin de consacrer son temps à des projets personnels et familiaux, comme voyager avec son épouse Louise.
Projets d'avenir imprécis
Le député de l'Acadie, qui a été élu pour la première fois le 25 septembre 1989, demeurera en poste jusqu'à la dissolution de l'Assemblée nationale. Ensuite, il compte s'accorder quelques mois de liberté et de plaisir.
«J'aurai le temps de faire des activités, d'effectuer des voyages que je remettais à plus tard, ainsi que d'être plus disponible pour ma famille», affirme M. Bordeleau, qui est père de deux enfants et grand-père de quatre enfants.
Il ne prévoit pas rester inactif trop longtemps. Il s'accordera toutefois une certaine période pour s'habituer à sa nouvelle liberté, sans obligation professionnelle. «C'est clair que je ne resterai pas assis chez moi à ne rien faire. Je pourrais retourner à l'enseignement, à l'écriture, siéger sur un conseil d'administration ou devenir consultant», indique M. Bordeleau.
Combattre les préjugés
Par ailleurs, le député émet un souhait important pour l'avenir du Québec avant de se retirer, soit celui de valoriser les politiciens. «Je regrette vivement que le travail des députés ne soit pas mieux apprécié et jugé plus objectivement, car ils méritent certainement un traitement plus équitable et un respect de la population en général.»
M. Bordeleau est déçu des perceptions qu'ont les gens de la politique. Il estime que l'image négative véhiculée envers les politiciens est dommageable pour le recrutement de candidats. «Il sera très difficile d'attirer à l'avenir des citoyens pour assumer des responsabilités politiques exigeantes, ce qui est pourtant fondamental pour la vie de notre démocratie, que nous prenons trop souvent pour acquise.»
Il raconte que, deux jours après l'annonce de sa candidature en politique, le mot bandit avait été écrit sur une de ses pancartes électorales. «Le grand public ne me connaissait pourtant pas, car j'étais directeur du département de psychologie à l'Université de Montréal à l'époque. Comme candidat, j'étais la même personne, avec les mêmes valeurs, mais on se permettait de m'identifier à des bandits», raconte M. Bordeleau pour illustrer le mépris et le cynisme qui existe encore aujourd'hui.
Il estime aussi que le cliché voulant que les politiciens ne soient visibles qu'en campagne électorale fait partie des préjugés sans fondement.
La solution de M. Bordeleau est de faire connaître le travail dans la circonscription et le rôle parlementaire des députés, des tâches qu'il qualifie de «diversifiées et exigeantes».
Malgré tout, il se montre reconnaissant envers ses électeurs, qui lui ont permis de vivre une «expérience enrichissante» dans ce milieu particulier, où l'on doit convaincre les gens, tout en se montrant réaliste et persévérant.
M. Bordeleau trouve difficile de quitter des collègues avec lesquels il a tissé des liens d'amitié au fil des ans. Il voue beaucoup d'admiration aux premiers ministres libéraux qu'il a côtoyés, soit Robert Bourassa, Daniel Johnson fils et Jean Charest, «pour les sacrifices que cette fonction exige». Il rend aussi hommage à Claude Ryan, «une personne exceptionnelle de qui j'étais très proche et qui m'a beaucoup appris», confie le député de l'Acadie.
Son héritage politique
De son propre aveu, Yvan Bordeleau quitte avec le sentiment du devoir accompli, celui d'avoir réussi à répondre à beaucoup de besoins différents. «Ma seule promesse était de faire le maximum pour aider les gens. Je pense que c'était la bonne façon de travailler. Du moins, je crois qu'en général les gens du comté ont apprécié mon approche, puisqu'ils m'ont témoigné leur confiance à quatre élections.»
Parmi ses réalisations, le député se dit fier du projet de loi reconnaissant le génocide arménien. «Ce n'était pas un dossier facile à mener. Le sujet était délicat et il y avait une certaine opposition de la Turquie», raconte M. Bordeleau.
Il cite aussi sa participation à l'arrivée du Technoparc Saint-Laurent. «À l'époque, Robert Bourassa m'avait demandé de piloter ce projet de loi. On constate maintenant la place importante de ce secteur industriel dans l'économie québécoise.»
Pour lui succéder, il souhaite une personne aussi présente, proche et disponible que lui pour les citoyens.Il entrevoit aussi un beau défi, celui du redéploiement du secteur Chabanel. «J'y verrais très bien un pôle de design, avec un peu d'habitations pour revitaliser le secteur», révèle le politicien. Seul l'avenir dira si sa vision se réalisera.