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Quand jouer n'est plus un jeu

Marie-Josée Chouinard par Marie-Josée Chouinard
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Article mis en ligne le 24 novembre 2006 à 16:46
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Quand jouer n'est plus un jeu
Un an, six mois et 22 jours! C'est le nombre exact de jours, aujourd'hui, qui marque le début d'une nouvelle vie pour Édouard, que nous prénommons ainsi pour préserver son anonymat. Il y a maintenant un an et demi qu'il n'a plus touché à une machine de vidéo poker. Mais, il doit encore résister à la tentation et il compte chaque jour où sa volonté l'emporte sur son désir fou de jouer.
Édouard est un homme costaud de 69 ans. Il est avantageusement connu autour de lui. Retraité, il s'est souvent impliqué dans son quartier. Peu de gens connaissent son secret. Il joue de façon compulsive.

Cette manie de jouer sans pouvoir s'arrêter a commencé de façon bien anodine. Un beau jour de 2001, il a remis 20 $ à sa serveuse habituelle en lui disant que c'était pour ses bons services. Elle est revenue plus tard avec une liasse de 20 $ en lui disant que c'était à lui. « Elle avait joué le 20 $ dans une machine et avait gagné 500 $. Je n'en revenais pas. Nous avons finalement partagé l'argent. Et je lui ai demandé de me montrer ces machines que je n'avais jamais remarquées », raconte Édouard. Ce soir-là, il a joué pour la première fois et il a gagné. « C'est la chance du débutant. Après, tu crois connaître la machine et tu penses que tu peux la battre. C'est là que tu perds », mentionne-t-il.

Le lendemain, il a joué encore et encore. « J'ignorais avant cela que j'avais cette maladie. Je suis un joueur compulsif », avoue Édouard qui accepte de se livrer ainsi dans le but d'aider d'autres personnes. « Je jouais comme un enragé. On veut tellement battre cette machine. C'était un duel entre elle et moi. C'est difficile à expliquer. » Il s'installait parfois en matinée devant des appareils pour jouer jusqu'à la fermeture, à 3 h le lendemain matin. Il jouait dans des bars et cafés. Le casino, très peu pour lui. Il trouve qu'il y a trop de bruit et que c'est impersonnel.

Il perdait gros. Il jouait généralement trois machines à la fois en misant le maximum. Il a déjà perdu 400 $ en huit minutes seulement. « Tu pèses sur les trois boutons et c'est 7.50 $ de perdu. Ça va vite », explique-t-il.

Jouer lui permettait d'échapper à la réalité. Quand un problème survenait, il jouait. Plus le coup était dur, plus il jouait. « Un joueur compulsif est un grand malade au niveau des émotions. Tout problème me faisait jouer plus. Même une grande joie pouvait m'inciter à jouer », avoue-t-il. Quand il jouait, il oubliait tout. Il était dans sa bulle. « La seule chose qui existait, c'était la machine devant moi. Une fois, la personne à côté de moi est tombée en syncope. Je n'ai rien vu. Si quelqu'un venait me chercher, il fallait me secouer pour que je m'en rende compte. »

Finalement, ce désir fou de jouer l'a acculé à la faillite. Il a perdu beaucoup d'argent. Un jour, il y a un an, six mois et 22 jours, il a décidé que c'en était assez. Un être cher a rendu son dernier souffle. Sur son lit de mort, cette personne n'a émis qu'un seul souhait, qu'il cesse de jouer. Il n'en fallait pas plus pour le faire jouer plus.

Un jour, voyant bien qu'il s'autodétruisait et se rappelant les dernières paroles d'un être aimé, il s'est rendu à la maison Jean Lapointe. Il lui a fallu recommencer sa thérapie par deux fois, mais il a réussi et commence à se refaire une santé financière petit à petit en contrôlant ses pulsions.

Il soutient que le Ciel lui a envoyé un message lorsqu'il est sorti de son premier jour de thérapie. Il a vu un gros sac de vidanges sur un banc de parc. En regardant de plus près, il a vu une tête dépasser. C'était un itinérant qui n'avait rien d'autre que ce sac pour s'abriter. « Je lui ai demandé si je pouvais l'aider. Il m'a répondu qu'il voulait 20 $ pour aller jouer. Là, je me suis vu dans ses yeux. C'était moi si je n'arrêtais pas de jouer », se rappelle-t-il en retenant difficilement ses larmes.

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