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Montréal Vue par Michel Tremblay

Carole le Hirez par Carole le Hirez
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Article mis en ligne le 3 septembre 2009 à 11:00
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Montréal Vue par Michel Tremblay
(Photo: Joshua Kessler)
Montréal Vue par Michel Tremblay
Auteur emblématique du Plateau Mont-Royal à la tête d'une dramaturgie considérable, Michel Tremblay est présent plus que jamais dans l'espace théâtral cet automne. Son œuvre littéraire reste toujours aussi actuelle, avec des thèmes indémodables: la famille, l'incompréhension, les préjugés.
La plus récente création de Michel Tremblay, Fragments de mensonges inutiles, écrite il y a trois ans, prend l'affiche au Théâtre Jean-Duceppe à compter du 9 septembre. Deux garçons de seize ans, Jean-Marc et Manu, s’aiment et veulent être heureux. L'un vit en 1958 et l'autre en 2008. À travers leur découverte de leur homosexualité, on assiste à la transformation de deux sociétés.

«Certes, la société a évolué, mais est-ce que les individus ont évolué en même temps? Aujourd'hui, il est possible de parler d'homosexualité, mais est-ce que les parents ont les mots et sont capables de communiquer avec leurs fils ?», questionne l'auteur. «Dans une société normale, les personnages de la pièce n'auraient pas à mentir. Or, ils sont amenés à tergiverser.»

L'impossibilité de communiquer se situe au centre de l'œuvre théâtrale de Michel Tremblay. «La pièce Les Belles Sœurs, écrite il y a 44 ans, portait déjà sur ce thème. J'ai eu envie depuis le début de travailler sur ce qu'on ne dit pas», confie-t-il. Une trentaine de pièces plus tard, le sujet est toujours là.

Avec leur humanité, les savoureux personnages de Tremblay continuent à occuper une place particulière dans le cœur des Québécois. Rita Lafontaine, qui incarne Nana, la mère de l'auteur, dans Le Paradis à la fin de vos jours, un monologue écrit spécialement pour son actrice fétiche, en est le plus bel exemple.

Présentée pour la première fois en 2008, cette pièce qui met en scène les réflexions mi-figue mi-raisin de Rhéauna arrivée au ciel est revenue cet été au Rideau Vert, où elle enchaîné les supplémentaires devant des salles pleines à craquer de têtes brunes et grises.

L'auteur attribue ce succès autant à la personnalité de l'actrice qu'au personnage attachant de Nana, qui évoque des souvenirs tantôt poignants, comme la mort de ses deux aînés, décédés à l'adolescence de la tuberculose, tantôt à mourir de rire, comme la visite du curé venant chercher sa dîme.

La ligne entre la réalité et la fiction est toujours mince chez Tremblay. «La Nana des Chroniques du Plateau Mont-Royal était très proche de ma mère. Mais à force de la faire vivre, elle est devenue un personnage à part entière», indique l'auteur.

La mythique pièce Les Belles-Sœurs, créée sur la scène du Rideau Vert en 1968, sera présentée en version musicale au printemps, grâce à l'auteur-compositeur Daniel Bélanger. L'écrivain a signé trois comédies musicales, mais c'est la première fois qu'un de ses textes écrits pour le théâtre sera mis en chansons.

L'idée a laissé Michel Tremblay perplexe au départ. «Je trouvais que le défi était énorme, mais quand j'ai entendu les chansons pour la première fois, je n'en revenais pas. En 44 ans, on a vu traiter cette pièce de bien des façons. Dans la version musicale, on travaille les émotions de façon différente», estime-t-il.

Après une escapade d'une dizaine d'années, l'auteur des Chroniques est revenu s'installer dans le quartier de son enfance il y a 20 ans. Il vit aujourd'hui entre sa maison de Key West et son appartement situé près de l'église St-Jean-Baptiste, angle Marianne et Henri-Julien.

Ses écrits demeurent toutefois profondément ancrés dans l'époque de sa jeunesse: le Plateau des années 40 à 60. «Ce n'est pas à moi, à 67 ans, d'écrire sur le Plateau d'aujourd'hui. Cela appartient à la nouvelle génération, c'est à elle de l'exprimer», considère l'écrivain, estimant qu'il n'y a rien de plus triste qu'un artiste qui veut avoir l'air jeune.

Après un troisième roman dans la série des Traversées, à paraître en novembre, Michel Tremblay se retirera à Key West pour écrire le quatrième volume de la série. Le filon de la chronique familiale n'est visiblement pas la veille de s'épuiser.

Mes bonnes adresses

Pour manger: L'Express, rue St-Denis, c'est ma cantine. La carte n'a jamais changé depuis trente ans, tout est toujours pareil. C'est un des seuls endroits où on est sûr qu'on ne se trompera pas. Il y a une seule chose qui a changé. L'œuf en gelée a été remplacé par un œuf mayonnaise quand la cuisinière qui le préparait est partie. J'ai mis une semaine ou deux à m'en remettre !

Récemment, j'ai découvert chez Tasso (St-Denis et Roy), un bar à mezze avec de petites entrées grecques délicieuses.

Pour sortir: L'après-midi, je vais lire aux Deux-Marie, rue St-Denis, ou au Second Cup de l'avenue du Mont-Royal, avec un capucino et un morceau de gâteau. Je peux passer là une heure ou deux sans être dérangé. Le bruit des conversations ne me distrait absolument pas.

Pour flâner: J'aime sillonner les rues. Je marche beaucoup à Key West et je fais la même chose à Montréal. Je me rends tous les jours à pied à l'agence Goodwin ou encore dans le Village. Je n'ai pas de trajet précis, je vais où mes pas me portent.

À découvrir: Le Jardin botanique avec toutes ses expositions, en particulier le Jardin japonais, qui permet de se plonger dans un univers différent au cœur de la ville.

Propos recueillis par Carole le Hirez

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