Le regretté conseiller du district d'Ahuntsic, Pierre Lapointe.
(photo: Archives)
Hommage à mon frère Pierre
(N.D.L.R.) – Nous publions ici l'hommage qu'a rendu la députée du comté de Crémazie à l'Assemblée nationale, Lisette Lapointe, à son frère, Pierre Lapointe, lors des funérailles de ce dernier, le 19 avril, en l'église Saint-Paul-de-la-Croix.
Pierre, comme tu dois être ému de voir tous ces gens, citoyens de ton quartier, tes collègues, tes amis, ta famille, et un ami très cher, le père Brisebois, autrefois curé de Saint-Adolphe, tous ces gens qui sont venus te dire qu’ils te respectaient, qu’ils t’aimaient.
Tu serais ému aussi de tous les témoignages que nous avons reçus : les mots qui revenaient le plus souvent : passionné, intègre, engagé, respectueux, fier, courtois, attentionné, constant, digne, courageux.
Cher Pierre, mon frère unique, nous étions tellement proches. Nous partagions tellement de souvenirs, soixante ans de souvenirs : enfant, tu étais mon petit frère, ensuite tu es devenu mon grand frère, puis ces derniers mois, tu es redevenu mon petit frère.
Je revois notre enfance, notre adolescence heureuses, notre famille à Montréal, nos étés sur le lac, nos Noëls à Saint-Adolphe, ton amour de nos parents, de ton fils Patrick … la famille, la famille, la famille.
Tu as eu une belle carrière au ministère de l’Immigration et aux Affaires extérieures du Canada. Durant des années, tu étais en mission à l’étranger : Varsovie, Paris, Islamabad. Tu m’as souvent invitée à venir t’y rejoindre et mes souvenirs de ces semaines avec toi au bout du monde, à Islamabad sont impérissables.
Puis, ton changement de vie, ton engagement politique, ton engagement à l’égard de Montréal, de ton arrondissement, ta rencontre avec les citoyens, tu étais si proche d’eux…
Ta rencontre avec Sylvie, il y a huit ans – le grand amour –, comme c’était beau de te voir heureux…
Et la terrible nouvelle, à l’été 2001. Une première intervention chirurgicale juste avant la campagne électorale – un premier combat – ton courage, le courage de Sylvie… Toujours l’espoir, les rêves, les projets…
Ton rôle à l’égard de mon entrée dans Crémazie : tu m’as guidée, conseillée, malgré ton état de santé. Et comme tu étais fier…
Le mariage, en janvier dernier ; cette scène de la soeur qui marie son frère…
Et la rechute, quatre jours plus tard – nouvelle hospitalisation (presque un mois).
Pâques, où tu nous as invités chez toi à Saint-Adolphe pour célébrer en famille ; les Lamothe et les Lapointe.
La reprise de tes activités : ta présence, le 31 mars à la réunion du Conseil de ville et, le 2 avril à la Société de transport de Montréal … Mort ou vif ! Quand on prend un engagement disais-tu, on le tient.
Tu es retourné à l’hôpital deux jours plus tard…
Tu savais que le temps t’était compté, nous n’étions que quelques-uns à le savoir, car tu as voulu que ton combat demeure secret. Ton énergie, ta force ne se sont jamais démenties. Tu as combattu durant sept ans… et ta femme, Sylvie, t’a accompagné, aidé, soigné, encouragé durant toutes ces années.
Continuer, tu voulais continuer.
Tu nous a quittés le jour où tu devais sortir de l’hôpital : la veille, tu m’avais dit : « Là, le projet, c’est de sortir demain et d’aller à Saint-Adolphe avec Sylvie et Patrick… »
Que de beaux souvenirs, que d’images fortes tu laisses à ta femme, Sylvie, à ton fils, à tous les membres de ta famille et à tous ceux que tu as aimés, aidés, adoptés au cours des ans.
Pour toi, chaque personne était également importante. Tout au long de ta vie professionnelle, tu as côtoyé les plus humbles et les plus fragiles comme les plus puissants, à travers toutes les causes que tu as défendues et tous les combats que tu as menés avec une ardeur, une passion et une persévérance sans faille jusqu’à ton dernier jour.
Ça va être dur de ne plus te voir à la maison d’Ahuntsic, de ne plus te voir à Saint-Adolphe – les randonnées en ponton, le petit café matinal, l’apéritif devant le lac, sur ta grande galerie ou sur la mienne –.
Ça va être dur de ne plus te voir circuler dans ton cher quartier Ahuntsic, dans ton véhicule noir, cellulaire en main, saluant à gauche, t’arrêtant lorsque tu voyais un citoyen dans son jardin, participant à toutes les activités du quartier.
Tu aimais tellement la vie, tu aimais tellement ton travail. Tes allures parfois bourrues n’arrivaient pas à cacher ta sensibilité, ton cœur d’or.
Tu as suivi les traces de notre père, Philippe Lapointe, qui nous a enseigné que le bonheur, ce n’est ni la gloire ni la fortune, mais la conviction de servir, d’être utile, de contribuer à changer les choses. Il nous a appris que lorsque les principes, les convictions et le respect guident notre réflexion, nos décisions et nos actes sont justes.
Pierre, tu as aimé, tu as donné. Tu as aimé: tu as aimé ton lac, ton Saint-Adolphe, ta ville, et ton Québec pour lequel tu nourrissais tant d’espoir, mais tu as surtout aimé les gens.
Tu m’as demandé de prendre soin de Sylvie, n’aies crainte…
J’espère que tu as fait un beau, un bon voyage. Chose certaine, ce devait être émouvant là-haut lorsque tu as retrouvé ta fille, ta première petite Sylvie, elle aussi emportée par ce mal horrible, à l’aube de ses 18 ans. C’était il y a 20 ans déjà. Et de retrouver et de serrer dans tes bras, maman et notre père qui t’aiment tant... Embrasse-les bien fort pour nous.
Toujours debout, toujours vivant, tu resteras à jamais présent dans nos coeurs.
Ta sœur, Lisette
(photo: Archives)