C’était la veille de Noël... un jeudi pas du tout comme les autres. Certes, ce n’était pas mon premier Noël loin des miens, mais c’était bien la première fois que je vivais cette fête tout seul… vraiment seul.
La neige abondait dans la métropole. Les oiseaux s’étaient envolés pour des conditions plus clémentes. Les sans-abri avaient déjà trouvé des refuges de fortune pour survivre à la saison froide. Seuls les retardataires envahissaient les rues de Montréal, affolés par l’idée de ne pas trouver le cadeau tant souhaité pour leurs êtres chers.
Or, dans mon cas, Noël se limitait à bien peu de choses en cette fin d’année 1998. Vivant loin des miens depuis bientôt deux ans, je n’avais que peu d’amis dans la métropole et ceux-ci étaient déjà très préoccupés par leurs propres festivités. Aussi, ne voulant pas m’imposer, je n’osai même pas leur faire part de mon désarroi face à l’idée de fêter Noël tout seul.
C’est avec une nostalgie débordante que je rentrai travailler ce matin-là. Dans les locaux de la Banque royale du Canada, c’était la folie furieuse. Une frénésie presque indescriptible envahissait les lieux. Les gens fourmillaient dans tous les coins. Il y avait ceux qui se dirigeaient vers la gare Centrale pour ne pas manquer le train qui les mènerait vers leurs proches. Il y avait ceux-là qui se précipitaient vers les boutiques du centre d’achat pour compléter leurs emplettes de Noël. Enfin, il y avait les malchanceux, comme moi, qui devaient quand même faire acte de présence au bureau.
Évidemment, nul n’était enchanté de se retrouver là, surtout à quelques heures du jour tant attendu. Heureusement, le niveau d’appels était peu élevé, mais constant, ce qui permit à toute l’équipe de fraterniser un peu. À la radio, les cantiques de Noël se succédaient à un rythme effréné, ce qui rendait tout le monde anxieux de quitter le bureau.
Or, comme nous étions responsables du support aux succursales, nous devions demeurer ouvert jusqu’à la fermeture de toutes les succursales de la banque à travers le Canada, indépendamment du fuseau horaire. Aussi, au fil des heures qui passèrent, les employés quittèrent les uns après les autres. Finalement, je fus désigné pour fermer le bureau à vingt heures, question de répondre aux derniers appels provenant de l’ouest canadien.
Comme ce fut affreux! Pendant deux longues heures, je sanglotai en écoutant les cantiques de Noël à la radio. Du haut du neuvième étage de la Place Ville Marie, je contemplais la circulation au ralenti dans les rues de Montréal. Je songeais aux miens dans les Maritimes qui étaient déjà en train de réveillonner chez ma tendre mère. Jamais je ne m’étais senti aussi seul de toute ma vie!
Lorsque vingt heures sonnèrent, je quittai le bureau, les joues rougies par les larmes. Je n’avais plus envie de rien. Noël venait de perdre tout son sens. La magie s’était estompée en cour de route. Cette flamme de Noël qui brillait en moi depuis ma plus tendre enfance pâlit énormément en cette veille de Noël.
Blasé, je rentrai chez moi. Les rues étaient désormais désertes. Les passants se faisaient rares. Les foyers étaient illuminés de mille feux. En revenant à la maison, j’aperçus des dizaines de familles qui festoyaient, qui dansaient, qui dévoraient leur repas de Noël, qui s’embrassaient et qui échangeaient des cadeaux.
Or, moi, j’étais seul, tellement seul. Le cœur en peine, j’entrai chez moi. Je n’avais envie de rien. Tout ce que je souhaitais, c’était m’endormir le plus rapidement possible et me réveiller uniquement le 26 décembre… Je voulais tout simplement sauter par-dessus Noël comme on joue à saute-mouton.
En quelques instants à peine, je réussis à m’assoupir sur le canapé, mais je ne me souviens plus pour combien de temps. Soudain, on sonna à ma porte. Intrigué, j’ouvris et je reconnus mon ami Mario. Il sourit en me voyant, me serra la main et me dit tout simplement :
J’ai vu de la lumière alors, j’ai décidé de venir sonner. Est-ce que je peux passer la veille de Noël avec toi?
Je l’accueillis les bras ouverts et c’est avec lui que je partageai mon repas de Noël. D’ailleurs, il demeura à mes côtés jusqu’au lendemain matin, ce qui fit disparaître la nostalgie du temps des fêtes pour toujours.
Ce Noël restera longtemps gravé dans ma mémoire, car c’est alors que j’ai pris conscience que des milliers de gens comme moi sont seuls à Noël. Des milliers d’êtres humains souffrent en silence, sanglotent dans le noir et espèrent, tout comme moi, se réveiller uniquement le 26 décembre comme si Noël n’avait pas existé.
Depuis ce moment-là, j’ai décidé de faire une différence à Noël. J’ouvre ma porte à ceux qui ont besoin de chaleur humaine. J’offre un repas à ceux qui ont faim. Mais plus que tout, j’offre de l’espoir à ceux qui veulent encore croire à la magie de Noël.
Joyeuses fêtes à tous et à toutes… et sachez ouvrir votre cœur à ceux qui en ont vraiment besoin.
Par : Réjean Roy
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