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Synchroniser sa vie et sa passion

Synchroniser sa vie et sa passion

Synchroniser sa vie et sa passion

Pascal LeBlanc
Publié le 4 Novembre 2008
Publié le 27 Mai 2010
Pascal LeBlanc

Jo-Annie Fortin mène deux vies: l’une d’étudiante à temps plein et l’autre dans l’eau. Cette résidente d’Ahuntsic est nageuse synchronisée et elle vient tout juste d’apprendre qu’elle a été sélectionnée dans l’équipe sénior qui représentera le Canada lors de la prochaine Coupe du monde à Madrid. Portrait d’une athlète qui a choisi de suivre sa passion jusqu’au bout.

Sujets :
Collège de Maisonneuve , Canada , Saint-Pétersbourg , Russie

En plus de vivre deux vies, les journées de Jo-Annie sont également divisées en deux. Six jours sur sept (dimanche étant la journée où elle tente de se reposer), elle se réveille vers 5h, puis se dirige ensuite à la piscine du Stade Olympique pour s’entraîner jusqu’à 13h. Elle revient à la maison et peu de temps après repart pour le Collège de Maisonneuve où elle étudie en sciences humaines, jusqu’en soirée. «Malgré mon horaire chargé, je réussis bien à l’école, mentionne Jo-Annie. J’ai fait une partie de mon secondaire à distance et je n’avais pas de difficulté non plus.» Son succès autant dans la piscine que sur les bancs d’école peut être attribué à sa grande discipline et à sa détermination à toute épreuve.

Cette jeune fille, qui a fêté ses 18 ans il y a seulement quelques jours, nage depuis qu’elle à six ans et elle a rapidement compris ce qu’elle devait faire pour atteindre ses objectifs. «J’ai vite eu la piqûre pour la nage synchronisée. Dès que je suis montée sur le podium, je ne voulais plus débarquer. Alors, je travaille fort pour m’assurer d’y rester.»

Ses efforts ont été récompensés depuis le début de sa carrière, mais récemment, Jo-Annie a franchi deux étapes très importantes. D’abord, elle et sa partenaire, Chloé Isaac, ont remporté la médaille de bronze lors des Championnats du monde junior, qui ont eu lieu cet été à Saint-Pétersbourg, en Russie.

Ensuite, elle a eu la confirmation la semaine dernière de Synchro Canada qu’elle joignait les rangs de l’équipe de huit nageuses sénior qui participeront à la Coupe du monde à Madrid en décembre prochain. La compétition était féroce, puisque pendant trois semaines, les 24 meilleures nageuses au Canada, dont cinq Olympiennes, se sont battues pour représenter leur pays lors des prochaines compétitions internationales. «Ça n’a pas été facile, mais j’étais confiante de faire l’équipe», indique Jo-Annie. Il s’agit de la première étape pour les Jeux olympiques de Londres, en 2012.»

Du pain sur la planche

D’ici les Jeux, Jo-Annie et son équipe seront à la recherche de la perfection. «On peut passer deux ans sur la même routine, mais je ne trouve pas ça si routinier. C’est certain que des fois, on ne voit pas comment on peut faire mieux, mais en même temps, on ne peut jamais être confortable. C’est un travail constamment inachevé», explique la jeune nageuse.

Pour l’instant, Jo-Annie doit d’abord atteindre le niveau des autres membres de l’équipe nationale, qui étaient, il n’y pas si longtemps, ses idoles «C’est une nouvelle équipe pour moi et certaines ont plus d’expérience, alors mon objectif est d’arriver à leur hauteur le plus vite possible.»

Jo-Annie est également à la recherche de commanditaires, car la vie d’athlète amateur n’est pas toujours facile sur le point de vu financier. «La nage synchronisée n’est pas le sport le plus populaire, alors ce n’est pas évident. Je dois rencontrer les gens et me vendre un peu, mais bon, ça fait partie de la "game".»

Un sport méconnu

La plupart des gens ne connaissent de la nage synchronisée que Sylvie Fréchette. Pourtant, il s’agit d’un sport où le Canada a toujours fait bonne figure et où les aspects techniques et esthétiques se marient dans une poésie aquatique des plus spectaculaires.

Toutefois, ce qui demeure le plus mystérieux est ce qui se passe en arrière-scène. À l’image du patinage artistique, la nage synchronisée est un sport très «politique» où règne une sorte de hiérarchie non écrite. «C’est très difficile pour un pays de monter de classement. Il faut donc que tu nages en championne et que tu espères que les juges soient impressionnés», explique Jo-Annie. Ce qui est le plus surprenant est que toutes les personnes du milieu sont parfaitement au courant de ce type de classement établi à l’avance et que malgré tout, leur amour pour le sport demeure le même. «Je suis une vraie passionnée. J’aime être dans l’eau et l’esprit qui règne avec les filles est vraiment plaisant. Nous sommes très proches, il n’y a personne à l’école avec qui j’ai une relation du genre», confie la nageuse.

Une autre facette de la nage synchronisée que Jo-Annie apprécie particulièrement est celle du défi que représente l’exécution d’une routine. «Ce qui est difficile, c’est de donner l’impression de spectacle. Ça demande beaucoup d’efforts de faire une chorégraphie assez rapide dans l’eau en même que sept autres filles tout en souriant», admet-elle. Elle ajoute qu’il s’agit d’un véritable travail d’équipe où chaque nageuse compte sur l’autre.

Puisque l’impression artistique compte pour 50% de la note, l’importance d’avoir une chorégraphie dynamique et intéressante est cruciale. Pour cette raison, l’équipe et leur entraîneure doivent concocter une routine qui sort de l’ordinaire, afin de pouvoir espérer d’impressionner suffisamment les juges pour les faire changer d’avis par rapport à leur classement préétabli. «C’est un gros défi de trouver du nouveau, mais notre entraîneure en connaît beaucoup et c’est ce qu’il faut pour gagner», affirme Jo-Annie.

Cette athlète au grand talent a fait le choix de vivre sa passion. C’est d’ailleurs cette même passion qui lui permet d’exceller à un tel niveau, car les nombreux entraînements débutants aux petites heures du matin combinés aux obligations d’une étudiante au cégep en décourageraient plus d’un. Mais pour Jo-Annie, ce n’est qu’une question de synchronisme.

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