Propriétaire du commerce de machines à coudre, Normand Delisle a fait l'acquisition du bâtiment il y a sept ans pour y aménager ce qui allait devenir le Musée des trains du monde, ouvert au public depuis un an. Cela s'imposait, explique-t-il, en parlant de sa résidence des Laurentides qui ne suffisait plus à contenir sa collection. «Il y en avait partout ! Il m'est venu l'idée de créer un musée», dit-il.
Pour Normand Delisle, il s'agit d'une passion vieille de quarante ans transmise de père en fils. «Cela a commencé autour de l'arbre de Noël», relate-t-il.
Comme bien des garçons, il a un jour reçu en cadeau ce petit train électrique dont on poussait à fond la manette du transformateur. Ça sentait le brûlé et ça déraillait dans les courbes ! Des heures de plaisir. Mais pour lui, cet intérêt ne s'est pas estompé au sortir de l'enfance…
Le musée est divisé en deux salles. Allons-y avec ce qui attend le visiteur dès qu'il ouvre la porte : la partie «musée» proprement dite.
Elle est largement meublée par l'imposante collection d'objets ayant appartenu à André Pelletier, un collectionneur qui passait au peigne fin toutes les gares des villes et des villages du Québec et d'ailleurs pour dénicher des objets se rapportant aux chemins de fer.
La collection propose un beau voyage dans le passé. Les amateurs de l'histoire du transport par train seront comblés.
Le musée propose des affiches, des photos, de vieux panneaux de signalisation, des cartes de réseaux datant du 19e siècle, une collection de torches qui étaient utilisées pour dégeler la tuyauterie par temps froid. Il possède toute une série de fanaux, dont ce modèle plus que centenaire de l'Intercolonial Railway of Canada, qui a opéré de 1872 à 1918 pour ensuite faire partie du Canadian National Railways.
Une des belles pièces : ce tricycle ayant plus d'une centaine d'années qui servait à faire l'inspection des voies. Il était propulsé à bras par son occupant.
On en apprend sur l'évolution des communications avec ces appareils de télégraphie, ces téléphones d'un autre âge et ces premiers téléphones sans fil gros comme des porte-documents.
Dans la seconde salle, on est carrément téléporté dans l'Ouest américain. Période 1930-1940.
Clic ! Clic ! Clic ! Clic ! Le photographe du Courrier Ahuntsic, Jacques Pharand, s'en donne à cœur joie. «Ça vient chercher le p'tit gars en nous», lance-t-il. Spectaculaire.
«Ça», c'est le «Rio Grande au crépuscule», une reproduction du célèbre chemin de fer du Colorado qui serpente entre les montagnes des Rockies. Pas mal plus exotique que le corridor Québec-Windsor !
Normand Delisle et son comparse Jean Leblanc ont aménagé 1100 pieds de voie ferrée. Le réseau, qui compte 60 aiguillages, permet de faire rouler quatre trains en même temps, explique M. Delisle. Avec effets sonores, fumée et tout et tout. On s'y croirait !
Et pas des petits trains. Dans le jargon des mordus, on parle de l'échelle «G», alors que un demi pouce correspond à 1 pied. C'est gros. «On peut détailler», note M. Leblanc. En jetant un coup d'œil dans les wagons, on peut apercevoir ce voyageur qui dîne. Cet autre qui lit son journal.
L'installation est unique au Canada, mentionne Normand Delisle. C'est le type d'aménagement que l'on retrouve généralement à l'extérieur. Rarement à l'intérieur en raison de l'espace requis. Ça n'a pas son équivalent au pays.
Le décor a été soigneusement travaillé. Il y a un secteur industriel, une mine de charbon, une carrière de marbre, des bâtiments où l'on s'affaire à l'entretien du matériel ferroviaire. Et comme il est question d'une scène au crépuscule, tout ça est éclairé par 300 ampoules.
«Tout est fait à la main, sauf le matériel roulant que l'on se procure en Californie», précise Normand Delisle.
Quelle minutie. Jean Leblanc, tout comme Normand Delisle, se passionne pour les trains depuis quarante ans. Celui qui a pris part à des compétitions aux États-Unis aime particulièrement travailler à la construction des bâtiments. «Je travaille sans plan. Mon modèle, je l'ai dans la tête», dit-il.
Les deux hommes ne sont pas avares de leur temps. Des perfectionnistes qui visent un haut degré de réalisme. «Il faut trois heures pour faire un arbre, branche par branche, donne en exemple Normand Delisle. On en a fait 200 !»
«Il y a beaucoup d'ouvrage dans ça. Il ne faut pas s'arrêter pour y penser», dit-il en souriant.
Il faut compter environ deux heures et demie pour faire la visite. Alors, en voiture ?


