C'est au son des guitares et des voix graves de Bob Harrison et Pat Verbeke, en répétition en vue de la conférence de presse, que Nanette Workman explique ce qui l'a poussée au blues. L'élément déclencheur fut la mort de son père en 1999. « Pour la première fois de ma vie, j'ai senti que j'avais gagné le droit de chanter du blues », témoigne-t-elle, faisant allusion aux émotions véhiculées par ce genre.
Si ce n'est qu'en 2001 qu'elle s'est officiellement mise au blues avec la sortie de son album Roots 'n' Blues, c'est à un tout jeune âge que Nanette a découvert cette musique. « J'ai grandi au Mississippi, c'est le pays du blues! », raconte la native du Bronx.
Bien qu'elle ne puisse identifier le moment précis où le blues est entré dans sa vie, Nanette est tombée dedans quand elle était petite, à la façon d'Obélix. Avec une mère chanteuse et un père guitariste, l'environnement est idéal pour développer son attirance envers la musique. «J'ai tout de suite été séduite par la sonorité du blues, admet-elle. Au départ, c'est l'aspect musical de ce style qui m'a attirée: la guitare, les voix graves… » À cette époque, le blues était encore considéré comme une musique principalement, voire strictement, afro-américaine.
Elle avoue que c'est le hasard qui l'a menée à tendre l'oreille à son chanteur favori du temps, un des plus grands noms du blues, B. B. King. « Le nom de scène de ma mère était Be Be Kay, explique-t-elle. Ça sonne presque pareil ! » Plusieurs années plus tard, elle aura la chance de le rencontrer à Paris.
En discutant avec Nanette, on constate qu'elle voue un grand respect à ce style musical. « Le blues, c'est l'os dans la soupe de la musique, image-t-elle. Tous les styles actuels partent de là, à l'exception du classique et du gospel. »
Elle respecte particulièrement les textes dans le blues. « Au début, j'aimais le blues pour la musique, puis petit à petit, je me suis reconnue dans les émotions », se souvient-elle.
Malgré sa passion marquée pour le genre, le respect qu'elle lui manifeste a fait attendre Nanette longtemps avant qu'elle se sente prête à en chanter professionnellement. « Quand j'avais 20 ans, je chantais du pop, car j'étais pop. Tu ne peux pas avoir 20 ans et chanter du blues, car tu n'as pas vécu les émotions qui y sont véhiculées.»
Ces émotions sont la peine, la douleur et la nostalgie, d'où l'expression avoir les blues.
Comme elle le souligne, le blues s'acquiert graduellement, au fil des épreuves qu'amène la vie.
« Lorsque mon père a quitté son corps, j'ai vécu les émotions nécessaires pour chanter du blues », explique-t-elle.
Depuis cet éveil, Nanette Workman a lancé deux autres disques à saveur rock-blues: Vanilla Blues Café (2003) et Mississippi Rolling (2005). Bien qu'elle apprécie les nombreux festivals de blues qui ponctuent l'été québécois permettant aux artistes de monter sur scène, elle regrette le peu de place accordé au genre sur les ondes. « Seulement une ou deux stations diffusent du blues, déplore-t-elle. C'est peut-être plus difficile au Québec parce que le blues est plus souvent qu'autrement anglophone ».
