« On était de la pâte à modeler pour les entrepreneurs qui voulaient nous corrompre », a-t-il lancé.
Ses supérieurs qui devaient approuver ses rapports ne pouvaient non plus ignorer la situation. « Je n’ai jamais eu de complicité ouverte, mais il y avait une complicité tacite », a-t-il affirmé, se rapportant à Gilles Vézina, son supérieur direct pendant 19 ans.
« Tout le monde qui était là savait que ce qu’on faisait n’était pas correct », a-t-il lancé, racontant que dans les tournois de golf, les entrepreneurs et les fonctionnaires parlaient ouvertement de collusion et de corruption. Cette corruption s’est implantée parce que « personne n’a pris le taureau par les cornes ».
M. Leclerc a parlé de son « expertise » pour truquer les faux extras, estimant qu’il pourrait difficilement aujourd’hui mettre le doigt sur les réclamations faussées. C’était les contrats d’égouts qui permettaient la facturation d’extras : « un coup de pelle, c’est une occasion. »
Dans un contrat sur la rue Saint-Denis, il a facturé aux contribuables montréalais du béton dont les frais auraient dû être assumés par l’entrepreneur d’Infrabec, Lino Zambito qui avait fait une erreur dans la construction d’un égout.
Il a ainsi expliqué la nécessité de factures pour gonfler les coûts. « Je travaille avec les réclamations, je peux leur donner un petit coup de main à l’occasion, mais je ne peux pas inventer. Ça me prend de la matière. »
Culture d’entrepriseL’ex-fonctionnaire est revenu sur ses premières années à la Ville en 1990, où il a commencé à recevoir des cadeaux des entrepreneurs dans le temps des fêtes.
« Mes collègues m’ont dit, prends ton manteau, on s’en va dehors », a-t-il expliqué. Ils ont déchargé un camion rempli de paniers-cadeaux, de bouteilles de vin et d’autres douceurs.
Il a eu l’impression que c’était la coutume. « Ça faisait des générations que c’était comme ça », a-t-il dit. Il n’avait donc aucun remords à diner et jouer au golf avec les entrepreneurs à leur frais.
Ces pratiques se sont terminées autour de 2009 lors de la mise sur pied du code d’éthique de la Ville, en réaction à l’escouade Marteau et ce, même, si l’article 3.05.03 du code de déontologie des ingénieurs prévoit que ces derniers doivent « sauvegarder en tout temps [leur] indépendance professionnelle ».
Les fonctionnaires auraient estimé que leurs emplois seraient en péril s’ils continuaient à recevoir des cadeaux ou à aller diner avec leurs entrepreneurs, à leurs frais.
SpéculationsIl est aussi revenu sur les allégations de Gilles Surprenant. Il a raconté que le directeur des travaux à la Ville, Robert Marcil avait appelé Nicolo Milioto, de Mivela Construction, pour l’informer que c’était à son tour de collecter des pots-de-vin.
Luc Leclerc a admis qu’il s’agissait de spéculations entre lui et M. Surprenant. « Nous spéculions souvent : Surprenant avait sa théorie que Marcil voulait nous tasser », a-t-il raconté.
Il a cependant confirmé que M. Milioto avait reçu un appel de Robert Marcil, mais il n’avait pas été informé du contenu.
La Commission ne siégera pas la semaine prochaine. Le contre-interrogatoire de M. Leclerc reprendra le 12 novembre prochain.

