Il y a deux visées importantes au programme: la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun. Ces visées sont à la fois les limites dans le cours, puisqu'il est interdit d'y avoir des propos haineux ou raciste par exemple. Notre objectif, c'est que les élèves puissent reconnaître dans l'autre, qui est différent, une personne digne, ce qui est différent et que dans leurs discussions, dans leur pensée et leur argumentation que ça vise le bien commun.
Il y a le volet culture religieuse qui occupe la moitié du cours. On voit le christianisme, le judaïsme, les spiritualités autochtones, l'islam, l'hindouisme et le bouddhisme. On donne la priorité au christianisme, on doit le voir toute l'année, incluant le patrimoine religieux québécois. Ensuite, le judaïsme et les spiritualités autochtones, parce qu'on considère qu'ils ont un caractère fondateur au Québec. Ce sont des communautés qui sont là depuis longtemps. Ensuite l'hindouisme, le bouddhisme et l'islam, on doit en traiter à quelques reprises sur deux ans.
L'autre moitié est en éthique. Les élèves apprennent à réfléchir sur différentes questions de justice, de tolérance, d'ambivalence de l'être humain et de droit de la personne. Pour donner un exemple de discussion, dans un cours, il y a une élève qui a posé comme question à une autre élève «Comment tu peux te dire féministe et musulmane tout en étant voilée.» C'était très respectueux comme discussion. La jeune fille a répondu qu'elle trouvait qu'elle se respectait plus en portant le voile qu'en portant une mini-jupe. «C'est un choix, personne ne me l'a imposé», a-t-elle expliqué.
Est-ce que les élèves apprécient le cours?Ils sont vraiment ouverts. Je trouve qu'ils sont intéressés. Certains viennent même me montrer leur support visuel pour être sûrs que tout est correct, qu'ils n'ont rien oublié pour leur présentation. Ils travaillent parfois avec des livres utilisés pour des travaux universitaires. Ils ne comprennent pas tout, ils me posent des questions, mais ils se forcent vraiment.
Beaucoup adorent ce cours, parce qu'ils sentent qu'ils peuvent discuter et dire leur opinion. Ils apprennent, entre autres, à former leur esprit critique.
Est-ce qu'il y a eu des réactions négatives de la part de la clientèle?Au contraire, les parents sont contents et trouvent que c'est un cours qui donne beaucoup de valeurs à leurs enfants.
La première année, j'avais des craintes. Finalement, il a été bien accueilli. Dans la province de Québec en général, c'est super bien accueilli. C'est à peu près 500 parents maximum qui ont formé un groupe qui s'y oppose, la Coalition pour la liberté en éducation. Ils sont bien organisés, ils ont l'air d'être gros. Ils sont sur tous les panels. Ce que je trouve drôle, c'est qu'on donne beaucoup la parole à ceux qui sont contre, mais très peu à ceux qui sont pour. Et même quand on donne la parole à ceux qui sont pour, je trouve qu'on a de la difficulté à accepter notre opinion.
Pensez-vous qu'il y a des quartiers plus propices à l'enseignement de ce cours? Par exemple, à Bordeaux-Cartierville, la clientèle est très multiculturelle, on serait porté à croire que les élèves d'Évangeline sont peut-être plus curieux d'en connaître davantage sur la religion ou la culture de leurs compagnons de classe.Pas nécessairement. J'ai des collègues qui enseignent le cours à Trois-Rivières et à Québec et l'intérêt des élèves est tout aussi présent. C'est sûr que la clientèle multiethnique d'Évangeline amène des sujets de travaux différents des établissements scolaires en région. Les choix de sujets à aborder sont différents, mais l'intérêt est présent de la même façon.
Depuis l'obligation de ce cours en septembre 2008, il y a eu beaucoup de critiques. En gros qu'est-ce que vous dites à ceux qui veulent qu'il soit retiré du programme?Je ne comprends pas, parce que je trouve que c'est un cours unique où on peut aborder la religion d'un point de vue culturel. Je trouve que ça amène les élèves beaucoup plus loin dans leur réflexion et ça amène une plus grande ouverture aux autres. Je pense qu'il est essentiel à leur formation. Il leur sera utile dans le monde du travail et dans leur vie de tous les jours. Depuis quand l'ouverture aux autres est mauvaise? Il amène un dialogue, il élimine les préjugés et diminue la peur de l'autre.
L'avis des élèves- Mayssam: «C'est intéressant d'entendre les opinions de tout le monde sur des questions éthiques par exemple.» - Marc-Élie: «C'est bon pour notre culture et nos connaissances parce qu'on apprend des rituels des autres religions. Ça aide à voir plus loin que les préjugés.» - Esteban: «On réussit à comprendre mieux certaines religions et ça nous permet d'éliminer des préjugés.» - Yacine: «C'est un cours très enrichissant comparativement à d'autres. Ça me rapproche particulièrement de la philosophie.»
